jeudi, 30 mars 2017
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Interview sur LCI de JM Baylet Président du PRG

Interview sur LCI de JM Baylet Président du PRG

Lire la retranscription de l'interview :
 
Valérie Expert :
Jean-Michel BAYLET, bonjour !
Jean-Michel BAYLET
Bonjour !
Valérie EXPERT : 
Vous êtes sénateur, vous êtes président du Parti
radical de gauche. Cet après-midi, vous serez au Sénat pour vous exprimer sur
la morale laïque, puisque c’est aujourd’hui que repasse devant le Sénat le
texte sur la refondation de l’école, donc texte selon lequel il est question
d’un certain nombre de choses, en particulier les 60.000 enseignants
promis par François HOLLANDE. Il y a aussi le rôle des parents qui est dans ce
texte ; mais vous, c’est plus précisément sur la morale laïque que vous
allez vous exprimer.

Jean-Michel BAYLET :

D’abord, je soulignerai que l’engagement fort de
François HOLLANDE durant la campagne remettant l’école au centre des priorités
au gouvernement est assumé et que ce texte en est la conséquence. Vincent
PEILLON a beaucoup consulté, beaucoup concerté, beaucoup travaillé et entre
autres il y a effectivement la volonté d’introduire la morale laïque à l’école.
Ca ne peut que me réjouir.

Valérie EXPERT :

Oui.

Jean-Michel BAYLET :

D’abord parce que la morale, ce n’est pas
spécifiquement une valeur de droite ; et je suis heureux que ce soit un
gouvernement de gauche qui réintroduise la morale à l’école. Et accoupler
« morale » et « laïque », c’est très bien. Les radicaux,
c’est consubstantiel pour eux, la laïcité, la véritable laïcité :
tolérance ouverte, respectueuse. « Morale laïque », c’est vraiment
quelque chose de très beau, de très bien, et mettre ces deux termes, porter ces
deux valeurs ensemble, c’est très, très fort. La laïcité a toute sa place. A
toute sa place à l’école.

Valérie EXPERT :

Est-ce que ce sera suffisant, ce qui est prévu en
termes de… pour impacter, pour avoir un impact sur les élèves ? C’est
prévu une fois, je crois que c’est une heure de temps en temps…

Jean-Michel BAYLET :

Vous savez, aujourd’hui on voit quand même que
beaucoup d’élèves sont livrés à eux-mêmes, que les parents démissionnent plus
ou moins de leurs responsabilités, ce qui est bien regrettable ; revenir à
des cours de morale, c’est une bonne chose. Leur apprendre la laïcité,
c’est-à-dire la république, c’est-à-dire la tolérance, c’est-à-dire le respect
des autres, je crois que c’est tout à fait déterminant et indispensable. Moi,
je suis très fier que la gauche porte ce texte « Globale refondation de
l’école », et qu’en particulier, il y ait la morale laïque.

Valérie EXPERT :

Et sur le point plus précis de la laïcité à l’école,
vous vous étiez exprimé sur l’affaire Baby-Loup, cette crèche pour laquelle il
y a eu un procès puisqu’une employée voulait porter un foulard. Il reste
toujours un vide juridique sur ce point-là.

Jean-Michel BAYLET :

C’est vrai ma collègue radicale Françoise LABORDE, a
déposé une proposition de loi, mais il faudra peut-être aller encore plus loin.
Disons d’abord que sur le principe, laissons les enfants en dehors de toute
influence confessionnelle, et d’ailleurs en dehors de toute influence en dehors
(sic) de celle de l’instruction et l’apprentissage de la République et de la
citoyenneté. A partir de là, il est indispensable de créer les conditions pour
que ce ne soit pas que des propos, mais que ce soit la réalité. Comment
imaginer que des enfants dans des crèches peuvent être l’objet de…
déstabilisation – n’ayons pas peur des mots – religieuse, quelle que soit la
religion. Par contre, la laïcité apprise à l’école, c’est le droit pour chacun
de pratiquer la religion qu’il veut, de pratiquer l’engagement politique qu’il
veut, le syndicalisme s’il le souhaite, mais c’est la distinction entre la
sphère privée et la sphère publique. Dans la sphère publique, il n’y a pas de
place pour le fait religieux ni pour quelle qu’influence sur les enfants que ce
soit.

Valérie EXPERT :

Oui mais c’est facile, encore une fois, à dire. Vous
le disiez, « ce sont des mots » ; quand on voit dans la réalité des choses, qu’il y a de plus en plus d’exigences alimentaires, en particulier dans les cantines…

Jean-Michel BAYLET :

C’est regrettable.

Valérie EXPERT :

C’est regrettable, sauf que…

Jean-Michel BAYLET :

C’est regrettable.

Valérie EXPERT : Sauf que, avoir un cours de morale laïque d’un côté, et de l’autre côté, accepter certaines exigences religieuses, il y a un paradoxe !

Jean-Michel BAYLET :

Mais… Je sais que ça existe, je le condamne car il ne
faut pas le faire. L’école doit être neutre. De toutes influences. C’est le
lieu d’éducation des enfants, et les enfants, sur le territoire de la République, ils sont
éduqués et ils sont élevés dans la laïcité. Voilà. C’est très fort, et chaque
fois qu’on a voulu toucher à ce principe de laïcité, ça a entraîné des
polémiques à n’en plus finir. Donc restons sur les fondements de la République, restons sur
les fondements de la
Constitution.

Valérie EXPERT :

Donc concrètement, cette morale laïque, ça va se… ça
s’adresse à qui à l’école ? Ca va s’adresser à qui ? A partir de
quelle classe ?

Jean-Michel BAYLET :

Ca s’adressera aux enfants le plus tôt possible, qui
sont en situation de comprendre. Il faudra naturellement que les enseignants se
forment, mais il est prévu par Vincent PEILLON aussi de refonder l’enseignement
des instituteurs et des maîtres que l’on lance, comme ça, dans le grand bain
sans les avoir suffisamment préparés. On ne revient pas aux écoles normales,
mais c’est quand même un peu ça ce qui va être fait, et je crois que nous
aurons fait un grand pas pour protéger nos enfants de dérives qui sont quand
même, disons-le, cherchées par certains et un peu dans tous les domaines.

Valérie EXPERT :

Soixante mille enseignants, 60.000 nouveaux
enseignants, est-ce que c’est le moment ?

Jean-Michel BAYLET :

Dont 6.000 cette année.

Valérie EXPERT :

Oui. Est-ce que c’est le moment ? Avec quel
argent on va les payer ? Comment est-ce qu’on va faire, à l’heure où on
parle austérité et réduction…

Jean-Michel BAYLET :

Gouverner, c’est choisir.

Valérie EXPERT :

Réduction des coûts, oui…

Jean-Michel BAYLET :

Gouverner, c’est choisir. Naturellement, François
HOLLANDE mène une politique courageuse ; Jean-Marc AYRAULT la
relaie ; il y a des économies à faire et moi, je suis de ceux qui
défendent cette ligne politique : il faut redresser les finances publiques
pour relancer l’économie. On ne peut pas continuer à laisser les choses dériver
de la sorte, mais il faut aussi choisir ses priorités. L’Education nationale
est une des priorités, et c’est bien ainsi, moi j’en suis tout à fait
satisfait, car si quand même, dans une république telle que la France, on ne conçoive pas
que l’éducation des enfants est la priorité, c’est qu’on tourne le dos à toute
notre histoire !

Valérie EXPERT : 

Oui mais…

Jean-Michel BAYLET :

C’était un peu le cas dans le passé.

Valérie EXPERT :

Mais certes, c’est la priorité, sauf que, encore une
fois, l’Education nationale est… on l’a comparée à un mammouth ; certains
anciens ministres disent même qu’on ignore le nombre de personnels de… qui
travaillent au ministère de l’Education…

Jean-Michel BAYLET : 

Si, c’est à peu près 1 million de personnes mais…

Valérie EXPERT :

Mais est-ce qu’on a besoin de créer 60.000 postes
aujourd’hui ?

Jean-Michel BAYLET :

Oui, c’est indispensable parce qu’un certain nombre de
services ont été supprimés, pour la petite enfance, pour l’accompagnement des
handicapés, pour les enfants en difficulté, par exemple les fameux RASED ;
il fallait revenir là-dessus, nous le faisons et c’est bien. Et nous le faisons
à notre rythme, c’est-à-dire petit à petit, mais je le répète, il s’agit de
remettre l’école au centre des priorités dela Nation.

Valérie EXPERT :

Et c’est le but, donc, de cette loi sur la refondation
de l’école.

Jean-Michel BAYLET :

Bien sûr ! Bien sûr, qui est une loi très
importante.

Valérie EXPERT :

Vous parlez de François HOLLANDE en disant « il a
tenu ses engagements » ; vous n’êtes pas un petit peu en délicatesse
avec lui, en ce moment ? Vous n’avez pas été invité au
« pince-fesses » – c’est votre terme » – jeudi dernier, après la
conférence de presse. Vous en avez été…

Jean-Michel BAYLET :

Un de vos collègues m’a appelé pour me dire si j’étais
invité, j’ai répondu avec cette formule, c’est vrai. Je n’ai pas été invité à
ce « pince-fesses », mais ce n’est pas un acte politique, ça !
C’est, bon… Je crois qu’il aurait été mieux d’associer toutes les formations de
la majorité plutôt que les seuls socialistes. Ca n’a pas été fait. J’imagine
que ça ne se reproduira pas. Non ! Moi, je suis…

Valérie EXPERT :

Comment vous l’expliquez ? C’est de la
négligence ? C’est…

Jean-Michel BAYLET :

Oh, c’est de la négligence de la part des responsables
des groupes politiques à l’Assemblée et au Sénat ! Ca n’est pas très
grave ! Non, non, moi je soutiens totalement la politique et la ligne que
mènent François HOLLANDE, même si nous sommes en désaccord sur un certain
nombre de textes institutionnels ! Parce que soutenir, ce n’est pas être
godillot ni béni-oui-oui ! Mais quand je vois avec quelle détermination et
quel courage la France
est gouvernée, je trouve quand même que l’on est souvent bien injuste avec le
président de la République
et le Premier ministre.

Valérie EXPERT :

Vous trouvez les procès en incompétence qui lui sont
faits, ou en mollesse…

Jean-Michel BAYLET :

Vous imaginez quand même quelle est la
situation ! Une crise internationale majeure, 1.900 milliards de
dette… Bon. Nous étions quand même, il y a trois ans, à 7,8 % de
déficit par rapport au PIB. Nous serons cette année à 3,7 % ! Ca va
dans le bon sens. La France
que l’on voulait mettre, les pays du Sud c’est-à-dire ceux qui sont le plus
cotés pour emprunter – est désormais le pays le plus recherché ! Nous empruntons
à des taux négatifs ! Mieux que l’Allemagne ! Ca, on ne le dit pas
assez. On dit toujours ce qui ne va pas. Mais on ne peut pas redresser une
telle situation en moins d’un an ! François HOLLANDE a fixé les
objectifs : inverser la courbe du…

Valérie EXPERT :

L’inverser, et ça, ça vous êtes d’accord avec
lui ? Vous y croyez ? Vous pensez ?

Jean-Michel BAYLET :

Je suis d’accord avec lui ; je lui souhaite de
tout mon cœur, en tout cas. Je le souhaite de tout mon cœur, mais c’est…

Valérie EXPERT :

Oui, tout le monde le souhaite, non ? C’est un
peu… Tout le monde le souhaite !

Jean-Michel BAYLET :

C’est naturellement lié à la croissance, parce que
c’est les entreprises qui créent les emplois, il faut quand même avoir le
courage de le dire !

Valérie EXPERT :

Mais est-ce que ce n’est pas dangereux d’annoncer,
comme ça, « je vais inverser la courbe du chômage » ?

Jean-Michel BAYLET :

On ne peut pas lui reprocher d’être mou et parfois
d’être flou, et quand il fixe des objectifs très précis et très déterminés et
très courageux dire « attention, c’est dangereux et c’est d’une certaine
manière irresponsable ». Moi, je pense qu’il faut tous que nous fassions
des efforts pour que les choses se passent comme cela et pour que le
gouvernement réussisse. Et quand je vois que certains spéculent sur l’échec du
gouvernement, quand même, quand même… Et puis, je vous rappelle quand même
qu’il y a douze mois que nous sommes là, et nous avons encore
quatre ans pour réussir, même si les objectifs fixés en fin d’année
doivent être atteints.

Valérie EXPERT :

Parmi les promesses tenues, il y a celle du mariage
pour tous, donc le mariage pour tous a été promulgué par le président de la République samedi
dernier. Certains maires disent qu’ils ne célébreront pas ces mariages. Vous
trouvez, vous, que c’est une bonne chose, ce mariage pour tous ? Et que…

Jean-Michel BAYLET :

Moi, je suis très satisfait ! Je l’avais porté et
proposé pendant les primaires ! François HOLLANDE l’a repris par la suite
à son compte ; je suis très heureux de voir qu’après bien des péripéties,
des difficultés – mais l’évolution de la société ne se fait pas aisément !
Vous savez, moi je suis un de ceux qui étaient déjà parlementaires quand on a
aboli la peine de mort, j’étais député, je l’ai votée. Souvenez-vous !
Souvenez-vous ! Vous êtes un peu jeune pour vous en souvenir mais
souvenez-vous quand même des débats ! L’avortement avec Simone WEIL !
Donc chaque fois qu’il faut faire évoluer la société, la France, qui est pourtant le
pays des Droits de l’homme, qui est un beau pays démocratique, traîne les
pieds, est plutôt en retard par rapport à beaucoup d’autres. Mais…

Valérie EXPERT :

Est-ce qu’il n’a pas été maladroit ?

Jean-Michel BAYLET :

… Ils sont déjà 15 à l’avoir… Ils sont
déjà 15 à l’avoir fait. Donc moi, je trouve cela très bien. Quant aux
maires qui refuseraient de pratiquer ces mariages, ils se mettent en
contravention et en contradiction avec la loi. Car le maire est aussi officier,
est non seulement officier d’état civil, mais officier, OPJ, et donc se doit de
respecter la loi. Comment voulez-vous dire aux enfants qu’il faut qu’ils soient
respectueux, qu’il faut qu’ils respectent les lois de la République si le
premier magistrat de la cité commence à dire qu’il ne les appliquera pas ?
Ils ont tort.

Valérie EXPERT : 

Autre promesse qui avait été faites : le droit de
vote des étrangers. Jeudi dernier, François HOLLANDE a annoncé qu’il tiendrait
cette promesse après les municipales de 2014. Certains y voient une manœuvre
politique.

Jean-Michel BAYLET : 

(Rire)

Valérie EXPERT : 

Ça vous fait sourire ?

Jean-Michel BAYLET :

Ça me fait sourire parce que… Là encore, quand il ne
fait pas, on lui reproche…

Valérie EXPERT : 

De ne pas faire…

Jean-Michel BAYLET : 

… Son manque de détermination, et quand il fait, on
dit « mais c’est une manœuvre politique parce qu’il a dit « après les
municipales ». Moi, je suis – et les radicaux de gauche également –
partisans du droite de vote des étrangers, et dans certains pays qui vous
étonneraient, comme l’Argentine et le Chili, ils votent même pour les municipales…
Heu pour les présidentielles. Pour les municipales et pour les présidentielles.
Mais il n’y a pas de majorité pour se faire ! Donc François HOLLANDE n’a
pas voulu allumer un incendie à un an des municipales ! On aurait dit
« voyez, c’est pour essayer de glaner des voix » ; il a
dit : « Passons les municipales et après, même si je ne suis pas sûr
d’être majoritaire, ce texte passera en Conseil des ministres, nous le
présenterons au Parlement ». Puis au Congrès, il faut, je vous le rappelle,
une majorité de 3/5ème car il faut réviser la Constitution. Nous
essaierons d’expliquer à celles et ceux qui sont, là encore, rétrogrades et un
peu conservateurs, que ça va dans l’orientation nouvelle de la société. Il faut
qu’ils aient des droits ! Ils vivent avec nous ! Ceux qui sont en
situation régulière, bien sûr.

Valérie EXPERT :

Donc vous n’êtes pas déçu par François HOLLANDE ?
Même s’il vous avait promis aussi, les yeux dans les yeux, une liste unique aux
Munici… aux…

Jean-Michel BAYLET :

Aux Européennes.

Valérie EXPERT :

Aux Européennes, pardon ; finalement…

Jean-Michel BAYLET :

Oui mais… Ca, ça fait partie…

Valérie EXPERT :

Par région ?

Jean-Michel BAYLET :

Je ne suis pas déçu de la manière dont il gouverne. Je
soutiens cette ligne politique qui est celle de la social-démocratie que
j’espérais. Concernant les Européennes, je regrette effectivement que
l’engagement pris n’ait pas été tenu. Il m’en a expliqué les raisons, mais ça
ne me satisfait ! Comme je ne suis pas d’accord avec un certain nombre
d’autres textes, comme le non-cumul des mandats absolu ou comme la révision du
mode de scrutins des sénateurs ! Donc voilà ! Mais ce n’est pas parce
qu’on n’est pas en accord sur certains textes qu’il faut, pardonnez-moi
l’expression, « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Tout de même, la France est en train de se
redresser, j’en suis convaincu, et c’est grâce à la détermination de cette
équipe gouvernementale, ainsi que cette majorité.

Valérie EXPERT : 

Vous aviez été candidat aux primaires. Est-ce que vous
auriez fait un meilleur président dela République ?

Jean-Michel BAYLET : 

Ecoutez, les électeurs des primaires…

Valérie EXPERT : 

Est-ce qu’aujourd’hui, vous regrettez de ne pas y
être ?

Jean-Michel BAYLET : 

… En ont décidé autrement. Je ne regrette pas de ne
pas y être. A vrai dire, je n’ai quand même jamais eu trop d’illusion quant à
la victoire sur les primaires, mais je suis très heureux d’avoir participé à ce
débat qui était intéressant, qui a été suivi par des millions de
téléspectateurs, qui m’a permis d’affirmer fortement les positions des radicaux
de gauche et même de mieux faire connaître le Parti radical de gauche

Valérie EXPERT : 

Ce mouvement…

Jean-Michel BAYLET : 

… Et deuxièmement, qui m’a permis de participer à
cette magnifique campagne présidentielle qui amenait le changement et la victoire
de François HOLLANDE.

Valérie EXPERT : 

Merci infiniment d’être venu ce matin, et donc cet
après-midi, vous serez au Sénat, pour le texte sur la refondation de l’école.
Merci, Jean-Michel BAYLET.

Jean-Michel BAYLET : 

Merci à vous.