jeudi, 23 mars 2017
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Le bac professionnel fête ses 30 ans

Le bac professionnel fête ses 30 ans

Je suis intervenue au Sénat le 2 mars lors du débat sur le trentième anniversaire du baccalauréat professionnel.

Texte intégral de mon intervention :

Mme Françoise Laborde. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, trente ans après la création du baccalauréat professionnel, concomitante de la fixation par notre ancien collègue Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'éducation nationale, de l'objectif des 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat, nous constatons une nette élévation du niveau de qualification de notre jeunesse.

En 1985, seuls 37 % des jeunes atteignaient le niveau du baccalauréat, la France étant à ce titre en retard par rapport à des pays tels que l'Allemagne ou le Japon.

Le bac pro a largement contribué à ce que cet objectif des 80 % soit atteint – alors que le chômage touche actuellement un jeune sur quatre dans notre pays, il s'agissait d'une nécessité impérieuse. Ainsi, un tiers des bacheliers sont issus de la voie professionnelle.

Ce baccalauréat permet aux élèves d'acquérir des compétences hautement qualifiées et de bénéficier d'une insertion rapide dans le monde du travail, tout en leur ouvrant la possibilité de poursuivre des études supérieures, bien que cela ne soit pas sa vocation première.

Ce savant dosage entre enseignements théoriques et pratiques complète utilement l'éventail des formations de l'enseignement secondaire.

Quel bilan peut-on dresser ? Parmi les bacheliers professionnels, 60 % s'insèrent directement sur le marché du travail, ce qui prouve que les formations sont globalement adaptées aux besoins économiques de notre pays.

Cependant, s'arrêter à la lecture de ces chiffres revient à ignorer qu'il existe de grandes disparités selon les spécialités. Certaines d'entre elles attirent plus qu'elles ne le devraient, alors qu'elles conduisent à des impasses ; d'autres sont désertées, bien que les débouchés soient assurés. Mais cette situation n'est pas caractéristique du seul enseignement professionnel. Elle est très révélatrice des problèmes d'orientation qui persistent à tous les niveaux.

La réflexion sur les évolutions de l'emploi, des métiers et des compétences doit être engagée.

Le diplôme, s'il garantit un meilleur taux d'insertion, devient de plus en plus une condition nécessaire, mais non suffisante.

Ce qui nous fait défaut aujourd'hui, c'est bien la vision prospective qui prévalait en 1985, lors de l'examen de la loi de programme sur l'enseignement technologique et professionnel.

Une mission avait été confiée à Daniel Bloch, alors président de l'Institut national polytechnique de Grenoble, afin de définir des objectifs sur le long terme. Cette perspective est toujours indispensable pour adapter la formation de notre jeunesse aux besoins économiques du pays.

S'agissant de la poursuite des études dans l'enseignement supérieur, les résultats des bacheliers professionnels sont préoccupants.

La loi du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche a instauré un système de quotas afin de leur réserver un certain nombre de places dans les sections de technicien supérieur, largement prisées par les bacheliers de la voie générale.

Or, lorsqu'ils se retrouvent en première année de licence à l'université, les bacheliers professionnels sont quasi systématiquement en situation d'échec. On retrouve ainsi dans le supérieur toutes les difficultés scolaires qui n'ont pas pu être réglées auparavant, et qui ont déterminé l'orientation de l'élève à chaque étape de son parcours.

Les quotas ne suffisent pas. Il faut créer un véritable accompagnement. Qu'en est-il de la volonté du Gouvernement d'améliorer le continuum entre le lycée professionnel et l'université ?

Le décrochage scolaire concerne surtout les élèves de la voie professionnelle, et même si ce phénomène n'est pas uniquement imputable à la réforme du baccalauréat professionnel de 2009 qui a fait passer la durée de formation de quatre ans à trois ans, cette diminution y a largement contribué, le taux de réussite ayant baissé d'environ six points. Nos collègues du groupe communiste républicain et citoyen ont bien expliqué les effets négatifs de l'absence de remise à niveau de ce point de vue.

Nous mesurons combien il est difficile d'évoquer la valorisation de la voie professionnelle, lorsqu'elle concerne presque exclusivement ceux qui subissent successivement des exclusions en raison de leurs mauvais résultats, c'est-à-dire les jeunes que l'éducation nationale n'a pas pu ou su soutenir.

Nous ne pourrons faire de la filière professionnelle une « voie d'égale dignité » que si nous traitons les difficultés scolaires en amont pour aboutir à une orientation choisie plutôt que subie, une orientation qui ne soit pas la somme des déterminismes sociaux et géographiques qui font que notre système éducatif est encore l'un des plus inégalitaires des pays de l'OCDE. Une mission d'information sur l'orientation, conduite par Jacques-Bernard Magner et à laquelle je participe, vous adressera, je l'espère, madame la ministre, des propositions applicables, pour que la vision des parents, des enseignants et, surtout, des élèves change et pour que nous mettions en avant tous les points positifs de la voie professionnelle.

Certes, notre système éducatif est confronté au défi de la quantité, le nombre de lycéens ayant presque doublé au cours de ces trente dernières années. Si nous accueillons très favorablement les progrès réalisés en matière de démocratisation du savoir, les inégalités demeurent. La division entre « ceux qui possèdent sans travailler et ceux qui travaillent sans posséder », que l'école reproduit et à laquelle Ferdinand Buisson cherchait à mettre fin au début du XXe siècle, subsiste.

Les résultats scolaires et l'orientation des élèves restent encore trop souvent corrélés au milieu familial. À parcours scolaire de qualité égale, les enfants de cadres et d'ouvriers ne sont pas orientés de la même manière. Or c'est bien sur le mérite et sur le talent que doivent se fonder l'orientation et le cursus, dans la voie générale ou professionnelle, des enfants de la République.

J'espère, madame la ministre, que vous nous présenterez des propositions concrètes. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste et républicain. – MM. Jacques Legendre et Jean-Claude Carle applaudissent également.)

 

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