dimanche, 30 avril 2017
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Conséquences de la privatisation de l'Aéroport Toulouse Blagnac

Conséquences de la privatisation de l'Aéroport Toulouse Blagnac

Le 4 novembre 2014, au Sénat, j'ai interrogé le Secrétaire d'Etat aux Transports, sur les conséquences de la privatisation de l'Aéroport Toulouse Blagnac en terme d'économie et d'emplois pour la région Midi Pyrénées, lors d'une séance de question orale au gouvernement.

Texte intégral de la question posée dans l'Hémicycle, le 4 novembre 2014, ainsi que la réponse de M. Vidalies, Secrétaire d'Etat en charge des Transports :

Mme Françoise Laborde. Monsieur le secrétaire d'État, ma question porte sur les conditions et les conséquences éventuelles de la privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

Comme vous le savez, la loi du 20 avril 2005 relative aux aéroports prévoit le transfert du capital des plates-formes aéroportuaires régionales comme Toulouse, Bordeaux, Lyon ou Strasbourg à des sociétés anonymes concessionnaires initialement détenues par des personnes publiques.

À ce jour, l'État possède 60 % du capital de l'aéroport toulousain, les chambres de commerce et d'industrie 25 % et les collectivités locales- Toulouse métropole, conseil général et conseil régional - 15 %.

Les candidats au rachat des parts de l'État dans la société anonyme ATB, aéroport de Toulouse-Blagnac, à hauteur de 49,9 % avaient jusqu'à vendredi dernier pour répondre à l'appel d'offres relatif à la vente de ces parts. Six candidats privés, dont des fonds d'investissement étrangers, se seraient déclarés. Les 10,1 % restants devraient être mis en vente d'ici à trois ou quatre ans.

Permettez-moi, monsieur le secrétaire d'État, de vous faire part de mes interrogations.

Sur la forme d'abord, je regrette l'absence de discussion préalable sur le principe même du désengagement de l'État du capital de cet aéroport. Il suscite bien des inquiétudes, alors qu'un partenariat entre les pouvoirs publics et les entreprises installées sur le site s'était construit pas à pas.

Sur le fond, il existe un risque sérieux de délocalisation des sites d'assemblages vers des zones aéroportuaires à l'étranger économiquement plus attractives.

C'est pourquoi je vous demande de rassurer les industriels sur l'avenir de l'ATB, notamment sur les conditions d'utilisation du foncier de la plate-forme aéroportuaire à l'avenir.

C'est important pour toute l'économie de notre grande région, car, depuis quarante ans, les constructeurs aéronautiques s'y sont développés, entraînant avec eux toute la filière régionale, nationale et européenne. Le dynamisme de cette infrastructure a d'ailleurs été largement soutenu par des fonds publics, je tenais à le souligner.

Monsieur le secrétaire d'État, pouvez-vous nous confirmer les engagements du Premier ministre en faveur de la prolongation des autorisations d'occupation temporaire des réserves foncières jusqu'en 2078, de la reconduction des avantages financiers pour les vols d'essai, ou encore de l'obligation de concertation avec les constructeurs aéronautiques pour tout projet d'extension de l'aéroport, ces nouvelles conditions devenant des critères de recevabilité pour les candidats à l'appel d'offres ?

Qu'adviendra-t-il également de la pérennité du statut des personnels de l'ATB ?

J'en viens à ma dernière question, monsieur le secrétaire d'État : alors que l'examen des offres par l'Agence des participations de l'État est en cours depuis vendredi, pouvez-vous démentir les rumeurs selon lesquelles la procédure de choix sera accélérée dans les prochains jours et me garantir, au contraire, que l'État prendra le temps d'associer les collectivités territoriales parties prenantes à cette décision stratégique, comme il s'y est engagé ?

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Alain Vidalies,secrétaire d'État auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, chargé des transports, de la mer et de la pêche. Madame la sénatrice Françoise Laborde, l'État a en effet décidé d'ouvrir le capital de la société Aéroport de Toulouse-Blagnac. Un appel d'offres a été publié en ce sens mi-juillet.

Cette ouverture du capital est la suite logique de la réforme aéroportuaire lancée en 2005. Elle ne signifie pas pour autant que l'État se désintéresse de l'avenir de ces infrastructures.

L'État attache une grande importance au développement du secteur aéronautique français, en particulier à la société Airbus dont le développement remarquable est une référence en la matière.

L'État a donc veillé à ce qu'Airbus dispose des moyens juridiques d'assurer sa présence et son développement à Toulouse-Blagnac à long terme.

Ainsi, actuellement, la société Airbus bénéfice d'une autorisation d'occupation du territoire dont l'échéance, pour la plus importante d'entre elles, qui concerne près de 100 hectares, est fixée à 2043.

Je peux d'ores et déjà vous indiquer qu'il a été décidé de prolonger cette autorisation, délivrée en 2008, à une durée totale de soixante-dix ans, soit jusqu'à la fin de l'année 2078.

Par ailleurs, un avenant au contrat de concession sera signé entre l'État et l'exploitant d'aéroport dans lequel les enjeux de la construction aéronautique sur le site seront réaffirmés.

En outre, il convient de souligner que l'État ne vend que ses parts dans la société aéroportuaire exploitante. Il demeure propriétaire des terrains et autorité concédante. Le concessionnaire, quelle que soit sa nature, publique ou privée, restera ainsi chargé d'une mission de service public aéroportuaire et sera astreint au respect d'un cahier des charges approuvé par décret en Conseil d'État.

Ce cahier des charges définit les grandes orientations de développement de la plate-forme au concessionnaire et demande la prise en compte de l'intérêt des usagers, notamment les besoins de la société Airbus, au moment de définir la stratégie d'aménagement.

M. le président. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Je remercie M. le secrétaire d'État de ces informations, qui sont très précises, et j'ai bien pris note que l'État ne vendait que ses parts.

Je me permets bien sûr d'insister sur un point : je demande au Gouvernement de tout mettre en œuvre pour s'assurer que l'État et les collectivités publiques resteront majoritaires à long terme dans le capital d'ATB.

N'ai-je pas lu que les 10,1% restants faisaient l'objet d'une option de vente ? Il faut protéger notre industrie aéronautique et tous les emplois qui en découlent, car n'oublions pas les sous-traitants et l'économie tertiaire qu'elle génère.

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  • Déclaration du 26 novembre 2014 de M. CHAUZY, président du CESER Midi-Pyrénées : "Le piège de la privatisation de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac !"

Le piège de la privatisation de l'Aéroport de Toulouse-Blagnac !

Le piège de la privatisation de l'Aéroport de Toulouse-Blagnac se referme sur Toulouse et le Gouvernement.

Décidée au milieu de l'été par l'Agence des Participations de l'Etat, la privatisation de quatre aéroports français en commençant par Toulouse constitue une erreur et une faute.
Une erreur, car neuf ans après la privatisation des autoroutes qui a amputé le budget de l'Etat de 14 milliards de recettes depuis 2005, la vente de nos infrastructures qui sont des outils de développement prive l'actionnaire principal, l'Etat, et les collectivités de recettes à long terme.
Une faute car la perte de souveraineté et de pouvoir de décision que constitue le risque de cession de la concession à un groupe étranger quel qu'il soit fragilise, sur le long terme, le premier levier de développement et de croissance de Toulouse et sa région avec les 91 000 emplois liés à la filière aéronautique.

Au moment où les grandes collectivités vont acquérir par la loi les compétences en matière économique, c'est une double peine pour la métropole toulousaine et sa région.
La France va –t 'elle devenir la Grèce ? Quel pays en Europe ou dans le monde met en vente une grande infrastructure avec comme premiers occupants des leaders mondiaux de l'industrie aéronautique... aucun !
Pour sortir du piège, l'Etat doit soit stopper la procédure ou confier la gestion à un opérateur français en partenariat avec les collectivités et des banques mutualistes régionales.
Sinon, l'Etat et les collectivités doivent associer les Chinois au financement du contrat de plan Etat-Région-Métropole !